Né à Oran dans une famille de huit enfants, fils du dernier Grand Rabbin de la ville, il est issu par sa mère d'une prestigieuse lignée rabbinique de kabbalistes sépharades -- L'un de ses ancêtres, le Rav Hayim ibn Touboul avait été un disciple direct de l'Ar'i; par son père de Juifs européens établis en Algérie depuis plusieurs siècles, également versés dans la tradition juive.

Manitou décrit volontiers une enfance heureuse, partagée entre des cultures diverses. Il se définit alors comme « Français d'Algérie de religion juive », priant en hébreu, fredonnant en arabe, parlant en français. Ses premiers maîtres sont son père, son grand-père maternel, et les disciples de son père.

Quant à sa scolarité, elle se passe à l'école française. L'antisémitisme n'est pas vraiment une préoccupation majeure : les contacts avec les Chrétiens sont infréquents, et l'antisémitisme de l'Islam n'a qu'une dimension religieuse. On vit dans des quartiers particuliers, mais non séparés, comme au Maroc ou en Tunisie. Et si on se sent Juif, sentant confusément une certaine aversion pour l'assimilation, on se sent indubitablement Français, membre à part entière entière de la nation française.

La guerre bouleverse naturellement cet ordre des choses, mais les « Français d'Algérie de religion juive », devenus « Juifs indigènes algériens », restent optimistes : Vichy n'est pas la France. Pourtant, en 1942, malgré le débarquement des Alliées, les lois d'exception contre les Juifs restent en vigueur. Bien que cet état de faits fût dû au fait que les Alliés s'étaient appuyés en Algérie sur les cadres du régime de Vichy, et que les choses ne reviendraient "à la normale" qu'avec le général de Gaulle, les Juifs Algériens perçoivent pour la première fois une "faille dans leur relation à l'identité française". Ils découvrent par ailleurs des listes d'otages, où le nom de Léon Ashkénazi, fils du Grand Rabbin de la ville, figure en bonne place.

Léon Ashkénasi est mobilisé dans la Légion étrangère en 1943 en tant qu'aumônier. Il est au camp de Bedeau de 1943 à 1944, fait la guerre dans la Coloniale, un corps de métier de l'infanterie française.
Cette expérience lui fait prendre conscience d'une douloureuse réalité : les Français non-Juifs ne considèrent pas les Français Juifs comme des Français à part entière, voire comme des Français du tout. L'antisémitisme des Pieds-Noirs, "ces Français d'Europe" a, contrairement à l'antisémitisme musulman, un aspect très politique. A partir de là, ainsi qu'il le dira plus tard,

"si j'avais dû vivre en diaspora, je me serais davantage considéré comme un Juif algérien de culture française que comme un Juif français de culture algérienne."


Cependant, en réalisant que le judaïsme, plus qu'une spécificité religieuse, apparaît comme une spécificité nationale, il souhaitera la vivre pleinement, un rêve qu'il ne réalisera que plus tard.
Il entre aux Éclaireurs israélites de France en 1940, au moment où ce mouvement entre dans la résistance contre l'Allemagne nazie.
Parti avec l'Armée d'Afrique, il est blessé à Strasbourg quelques semaines avant la victoire. C'est en convalescence qu'il assistera à la fête pour l'Armistice sur la Canebière.
Le contingent de permissionnaires dont il fait partie est ramené en Algérie dans un bateau de guerre, qui est dérouté sur Constantine parce qu'au même moment éclatent les premières révoltes nationales arabes.

Léon Ashkénasi retourne en France immédiatement après la guerre. Ayant profondément ressenti que le régime nazi, plus qu'une série de persécutions portées à leur paroxysme, a été une Shoah, une destruction irrémédiable du peuple juif en tant que nation, il répond à l'appel de Robert Gamzon (Castor), dont il a reçu une circulaire sur le front d'Alsace en 1944, et relève avec lui, ainsi que les autres chefs des EIF, le mouvement, et fonde l'école des cadres Gilbert Bloch d'Orsay, pour reconstituer la structure de la communauté, et former des nouveaux cadres pour pallier le massacre de l'immense majorité des dirigeants communautaires par les Nazis. Gilbert Bloch, l'initiateur du projet était ingénieur, lui-même tombé sous les balles nazies lors d'un acte de Résistance en 1944. C'est là qu'il rencontre sa future épouse Esther (Bambi), rescapée de la Shoah, reçoit le "totem" de Manitou et l'enseignement de l'un de ses maîtres les plus marquants, Mr. Jacob Gordin, philosophe Juif russe exilé, dont Manitou ne recevra l'enseignement que peu de temps, Jacob Gordin décédant en août 1947.


À la demande de Jacob Gordin avant sa disparition, il reste à l'École d'Orsay pour enseigner le judaïsme. Après le départ de Castor en Israël en 1949, il en prend la direction, qu'il cumule avec les fonctions de commissaire général des EEIF (de 1954 à 1955), et de président de l'UEJF.
Licencié en philosophie et diplômé de l'École d'ethnologie et d'anthropologie du Musée de l'Homme, il entreprend de raviver le judaïsme des jeunes générations, affadi par deux siècles de Haskalah, critiquant à la fois l'immobilisme de la communauté orthodoxe, le réformisme du Consistoire d'alors, et le rationalisme universitaire qui, "confondant érudition et sagesse, ne sait plus croire aux choses dont il parle".


Le Juif sépharade qu'il est, qui, en Algérie, avait du mal à imaginer une autre culture juive que celle d'Algérie, découvre alors des cultures juives du monde entier et, plus que cela, perçoit à travers elles une identité nationale juive, non plus dans un sens négatif discriminatoire, mais en tant qu'entité collective, politique même, unissant les Juifs du monde bien plus que ne le ferait un simple ciment religieux.

C'est également vers 1954-55 que Manitou, organisant des voyages en Israël pour les élèves de l'École d'Orsay, puis pour les cercles universitaires, prend conscience de cette réalite, qui concrétise ce qui, à Alger, n'était qu'un sublime espoir messianique. Il développe un sionisme religieux, qu'il ne peut mettre directement en pratique : son père, souffrant, a besoin de lui pour organiser le rapatriement de sa communauté en France.

Activement engagé dans la restauration du dialogue judéo-chrétien, il ose, le premier, dénoncer, non l'antisémitisme mais le principe même d'une idée qu'il juge théologiquement aberrante : le judéo-christianisme.
Il prône un judaïsme fier de soi et des origines, vivace et l'affirmant, qui n'a pas à justifier l'honorabilité de sa tradition. Aux philosophies et civilisations qui n'ont cessé de la juger à l'aune de leurs valeurs, il invite à se confronter aux critères de vérité de la Torah.

Celui-ci met du temps à s'organiser, pendant lequel Manitou s'investit totalement dans l'aspect éducatif. Bien que ne remplissant pas de fonction de "ministre officiant", il se considère comme "un rabbin qui enseigne aux universitaires".
En 1957, il présente au Séminaire de l'Union mondiale des Étudiants juifs un rapport intitulé "l'héritage du judaïsme et l'université". Il dénonce l'inadéquation et l'inaptitude tant des universités que des yeshivot à assurer un enseignement à la fois moderne et enraciné dans le judaïsme. Il n'aura donc de cesse d'y remédier, en donnant de nombreuses conférences aux quatre coins de la francophonie, en fondant de nombreux centres d'étude, dont le Centre universitaire d'études juives.

Il monte en Israël en 1968, peu après la guerre des Six Jours,et étudie auprès du Rav Zvi Yehouda Kook et du Rav Shlomo Binyamin Ashlag. Là aussi, il fonde un réseau d'enseignement du judaïsme, l'Institut Mayanot et le Centre Yaïr, centre d'études juives et israéliennes, principalement fréquenté par les francophones d'Israël.
Il participe également à de nombreux comités, gouvernementaux ou autres, pour l'éducation et les relations à la Diaspora juive. Il participe au rapprochement de l'Etat d'Israël avec le Cameroun et, à travers lui, avec le continent africain.
Prônant un sionisme religieux, il ne cesse de s'impliquer dans le dialogue inter-religieux, avec le christianisme comme l'islam, mais rencontre aussi le Dalaï-lama.

Très connu en France et auprès du public francophone israélien, il est par contre méconnu ailleurs jusqu'à son décès à Jérusalem. Ses écrits sont alors diffusés par ses (nombreux) élèves, notamment le Rav Shlomo Aviner, et connaissent un regain d'intérêt croissant depuis lors.

Manitou fut surtout un maître de la parole. il a toutefois rédigé quelques livres, dont :

  • "La parole et L'écrit. Penser la tradition juive aujourd'hui" (2 tomes), Recueil d'articles publiés par Manitou, rassemblés par Marcel Goldman, éd. Albin Michel
  • "Un Hébreu d'origine juive", Hommage au rav Yéhouda Léon Askénazi, MANITOU, Textes réunis par Michel Koginsky, éditions Omaya
  • "Ki Mitsion"
    • Tome 1 - Notes sur la Paracha
    • Tome 2 - Moadim
  • Ouvrages en préparation :
    • Pirqé Avot, suivi de "L'étude"
    • Le vocabulaire de la Qabbala : introduction
    • La prière

Et le lien du  site de la "fondation Manitou".